Cinemania – Nos batailles :
père cou­rage

Me voi­ci de retour à la barre de Kino Pravda, après un été très intense à choi­sir les longs‐métrages qué­bé­cois et cana­diens de la sec­tion Focus du Festival du Nouveau Cinéma ! Cette nou­velle – et pas­sion­nante – res­pon­sa­bi­li­té m’a d’ailleurs quelque peu empê­chée de vous offrir ma tra­di­tion­nelle cou­ver­ture en direct, car c’est bien connu, en évé­ne­ment, la pro­gram­ma­trice… n’a pas le temps de regar­der des films. J’ai par contre vu beau­coup, beau­coup de belles choses qui se retrou­ve­ront sur les écrans lors des pro­chains mois. Ce n’est que par­tie remise.

Je suis donc de retour pour pour­suivre la sai­son des fes­ti­vals. Juste après le FNC et avant les RIDM, c’est le temps de Cinemania, qui s’ouvre aujourd’hui et se dérou­le­ra jusqu’au 11 novembre. Et à côté des gros mor­ceaux et des évi­dences, il y a encore une fois de sti­mu­lantes décou­vertes à faire dans le pay­sage du ciné­ma fran­co­phone actuel.

Nos batailles

de Guillaume Senez

Je com­men­ce­rai avec Nos batailles. Le pre­mier film du franco‐belge Guillaume Senez, Keeper, avait eu une très belle récep­tion en Europe (mais pas de sor­tie nord‐américaine, snif). Ce second effort a eu les hon­neurs d’une sélec­tion à la Semaine de la cri­tique de Cannes et encore d’excellents échos. Je l’attendais avec impa­tience, par­ti­cu­liè­re­ment parce que l’on lui prête les belles qua­li­tés du ciné­ma social du nord, qui me touchent par­ti­cu­liè­re­ment, et aus­si à cause de la pré­sence au cas­ting de Laeticia Dosch, irré­sis­tible Jeune femme de Léonor Serraille. Cette actrice m’enchante.

Le décor est connu : une usine et un entre­pôt mal chauf­fés, un patro­nat inflexible, des licen­cie­ments abu­sifs et des condi­tions de tra­vail pré­caires, des cré­dits refu­sés et le pou­voir décli­nant des syn­di­cats. C’est ici qu’évolue Olivier, chef d’équipe très sou­dé avec ses col­lègues ouvriers. Dans tout ce monde, une oasis, la famille : Olivier a deux enfants magni­fiques et une femme fra­gile. Un jour, Laura s’en va, sans excuse, sans expli­ca­tion. Les tra­gé­dies col­lec­tives que vivent les amis s’invitent dans l’intime, et celui qui pre­nait sur ses épaules tous les pro­blèmes des autres doit main­te­nant s’occuper des siens.

Malgré cette trame hau­te­ment lacry­male, Nos batailles n’a rien d’un mélo­drame ni d’une leçon de vie plom­bante. Tout y est très simple, très doux, et évo­lue géné­ra­le­ment hors des sen­tiers bali­sés. Premièrement, c’est Maman qui dis­pa­raît, et je vous ras­sure tout de suite : Olivier ne devra pas seule­ment apprendre à faire la les­sive et la cui­sine ! Les dia­logues sont réa­listes, bor­dé­liques et caco­pho­niques; ils ne nous imposent aucun pon­cif sur les fameuses épreuves de la vie qui‐ne‐nous‐tuent‐pas‐mais‐nous‐rendent‐plus‐forts. Sur la même lon­gueur d’onde, les enfants ne sont pas que mignons, mais réel­le­ment cha­vi­rants; quant à Romain Duris, il est à son plus sobre dans une par­ti­tion qui l’éloigne de ses têtes à claques habi­tuelles. Laeticia Dosch est une par­faite tata Betty, actrice de théâtre et « magi­chienne » fan­tasque de fête d’anniversaire. Le titre du film est sim­ple­ment beau et huma­niste et la fin, joli­ment lyrique façon rayon de soleil à tra­vers la brume.

Nos batailles de Guillaume Senez sera pro­je­té en pre­mière Nord‐Américaine dans le cadre de Cinemania le 4 novembre à 17h30 ain­si que le 6 novembre à 15h40, tou­jours au ciné­ma Impérial.

Le film pren­dra par la suite l’affiche à Montréal le 9 novembre, notam­ment au ciné­ma Beaubien.

Zoé Protat
30 octobre 2018

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