Cinemania – Une vie vio­lente :
per a Corsica

Le fes­ti­val Cinemania frappe à nos portes : dès ce jeu­di 2 novembre, ce sera par­ti pour dix jours de films fran­co­phones, sous-titrés en anglais pour un maxi­mum d’accessibilité. Au fil des années, Cinemania est deve­nu un rendez-vous incon­tour­nable pour les amou­reux du ciné­ma fran­çais, si mal dis­tri­bué ici. Et même si la pro­gram­ma­tion est géné­ra­le­ment consti­tuée de pro­duc­tions d’envergure confor­table, il est aus­si pos­sible de la fouiller pour y déni­cher des titres plus nichés. Ayant eu la grande chance de pou­voir vision­ner quelques films avant le com­mun des mor­tels, je vous les pro­pose ici à l’avance.

Une Vie violente

de Thierry de Peretti

Quel bon­heur, le pre­mier arrêt de Kino Pravda chez Cinemania est réel­le­ment pas­sion­nant. Qui plus est, il n’aura droit qu’à une seule pro­jec­tion; c’est pour­quoi il ne vous faut pas le rater. Une vie vio­lente est le second long-métrage du comé­dien et met­teur en scène de théâtre Thierry de Peretti. C’est dans le cœur de sa terre natale, la Corse, qu’il ancre ce film qui explore des thèmes riches et com­plexes : le sen­ti­ment natio­na­liste, l’identité cultu­relle et sociale, l’engagement, la radi­ca­li­sa­tion. En guise de pré­am­bule, voi­ci un petit rap­pel his­to­rique : la Corse fut lit­té­ra­le­ment ven­due en 1768 par le royaume de Gênes (l’Italie ne fut uni­fiée qu’en 1861). Sans sur­prise, la France y mena une rigou­reuse poli­tique colo­nia­liste visant à étouf­fer toute spé­ci­fi­ci­té locale; sans sur­prise, les pous­sées indé­pen­dan­tistes y ont fleu­ri. Au milieu des années 70, les mili­tants sont pas­sés à la lutte armée. Les années 90 ont quant à elles été le théâtre de grandes vio­lences, où la poli­tique affron­tait le grand ban­di­tisme et la mafia. Je me sou­viens vague­ment des bul­le­tins de nou­velles fran­çais de l’époque, qui tapaient sur le clou des Corses et ne mon­traient qu’un seul côté de la médaille. Et l’histoire de « l’île de Beauté », de ses côtes para­di­siaques béton­nées de pro­jets immo­bi­liers véreux, évi­dem­ment, c’est un peu plus com­pli­qué que ça.

Stéphane, le per­son­nage prin­ci­pal du film, est un jeune étu­diant de Bastia dans les années 90. Au départ apo­li­tique, il prend deux ans de pri­son pour avoir trans­por­té un sac d’armes pour des copains. Derrière les bar­reaux, il ren­contre des acti­vistes : cer­tains sont idéa­listes, d’autres rési­gnés; tous prêchent l’action directe. Une fois dehors, le petit-bourgeois devient natu­rel­le­ment la tête pen­sante de son groupe. Mais ils ne sont pas seuls et les luttes fra­tri­cides font rage… ain­si débute sa « vie vio­lente ». Ce titre for­mi­da­ble­ment ample, emprun­té à l’ami Pier Paolo Pasolini, sug­gé­re­rait une fresque déme­su­rée dans la durée comme dans les sen­ti­ments. Mais les héros de Thierry de Peretti ont beau avoir le sang chaud et le par­ler chan­tant, ils ne sont pas roman­ti­ci­sés comme des mafieux Napolitains. Le film affiche une cer­taine séche­resse, un récit en creux for­te­ment ancré dans le quo­ti­dien. Malgré la fron­ta­li­té et la bru­ta­li­té des faits, il y a sur­tout beau­coup de dis­cours. Ces « ter­ro­ristes », qui aspirent à bri­ser les chaînes du colo­nia­lisme, à réar­mer idéo­lo­gi­que­ment leur peuple et le défendre, se posent beau­coup de ques­tions. Que seraient-ils prêts à faire pour leur terre, tuer, mou­rir? Leurs idéaux se confrontent aux ini­mi­tiés per­son­nelles, aux ami­tiés déçues, à la cor­rup­tion des cercles du pou­voir, au racket, à l’intimidation et à la tra­di­tion éter­nelle de la ven­det­ta. Une vie vio­lente, ce sont aus­si des visages et des accents d’ordinaire invi­sibles dans le ciné­ma fran­çais, pour étayer une nou­velle voix authen­tique et forte.

Une vie vio­lente sera pro­je­té le lun­di 6 novembre à 20h au ciné­ma Impérial dans le cadre du fes­ti­val Cinemania.

Zoé Protat
31 octobre 2017

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