120 Battements par minute :
Smalltown Boys

120 battements par minute 

de Robin Campillo

Quel bon­heur lorsqu’un film très célé­bré rem­plit non seule­ment toutes ses pro­messes, mais va même au-delà! Grand Prix du jury au der­nier Festival de Cannes, le troi­sième long-métrage de Robin Campillo est de ceux que l’on n’oublie pas faci­le­ment. Un film cho­ral autant qu’intimiste, qui prend racine dans la grande tra­gé­die médi­cale de la fin du XXe siècle, celle du SIDA.

Elles nous semblent bien loin ces années 90, alors que cette mala­die ter­rible et insi­dieuse, qui s’attaquait tout d’abord aux com­mu­nau­tés déjà ostra­ci­sées (homo­sexuels, toxi­co­manes, pros­ti­tués), semait la peur et les morts. Et pour­tant. Davantage « conte­nue » en Occident, l’épidémie pour­suit main­te­nant ses ravages dans le reste du monde, n’épargnant per­sonne. Mais il y a 25 ans, les poli­tiques fai­saient la sourde oreille, remet­tant les cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion aux calendes grecques et lais­sant les labo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques tenir les malades en otage avec des bre­vets tou­jours repous­sés. Au sein de ce marasme meur­trier, une poi­gnée d’associations ten­taient de secouer l’opinion et les pou­voirs publics à grand coup d’actes « ter­ro­ristes ». Act Up Paris était l’une d’entre elles, la plus radi­cale peut-être. Son arme de pré­di­lec­tion? Des bal­lons rem­plis de faux sang, à jeter sur la gueule du pré­sident de la République de pré­fé­rence.

120 bat­te­ments par minute nous ouvre les portes d’Act Up et de la vie ses membres. Sean, Nathan, Thibault, Sophie, Germain, Mehdi, Hélène, Jérémie, Eva et les autres sont atteints du SIDA pour la très grande majo­ri­té. Ils se savent condam­nés, mais choi­sissent de se battre pour le futur. Ils avalent des cen­taines de pilules par jour, dis­tri­buent des pré­ser­va­tifs dans les lycées, volent des rap­ports médi­caux, sont pour­chas­sés par la police, passent la nuit en garde à vue, mani­festent et dansent à la Gay Pride. Parfois aus­si, ils tombent amou­reux. Sur Sean se pose­ra ain­si le regard exal­té de Nathan. Le regard d’un jeune homme dis­cret, mira­cu­leu­se­ment séro­né­ga­tif, sur un autre jeune homme fou­gueux et solaire, mais déjà très malade…

Robin Campillo est allé à la bonne école, celle de Laurent Cantet, pour qui il a coécrit et mon­té tous les films. Les deux réa­li­sa­teurs ont certes cha­cun leur per­son­na­li­té propre : là où Cantet est silen­cieux et chi­rur­gi­cal, Campillo est enthou­siaste et enflam­mé. Il demeure qu’une rigueur qua­si docu­men­taire, une acui­té d’observation et une maî­trise de l’émotion les unissent tous deux. Dans 120 bat­te­ments par minute, le mon­tage ner­veux et inven­tif par­ti­cipe réel­le­ment à la méca­nique du récit. La vie asso­cia­tive et mili­tante est décor­ti­quée de manière abso­lu­ment pas­sion­nante. Les ins­tants (très) intimes en camé­ra ultra rap­pro­chée côtoient les scènes de foules exta­tiques. Jusqu’à la fin, les sor­ties en boîte ryth­me­ront le tout. Malgré les dés­illu­sions et les mal­heurs, le groupe danse et s’éclate la tête et les muscles sur la house. 120 bat­te­ments par minute pour oublier la mort.

Malgré son sujet char­gé, le film évite presque tout didac­tisme. Il lui pré­fère quelques images d’archives et une com­pa­rai­son très poé­tique avec la Commune de Paris. Lors d’un songe élo­quent, la Seine se repeint même en rouge sang. Résistance! Et puis il y a les acteurs, tous fabu­leux. Comme il a déjà été éta­bli que je sui­vrais Adèle Haenel jusqu’au bout du monde, concentrons-nous sur les pro­di­gieux talents de Nahuel Pérez Biscayart (Sean), Arnaud Valois (Nathan) et Antoine Reinartz (Thibault). Ces per­son­nages extrê­me­ment atta­chants seront sin­gu­la­ri­sés cha­cun à son avan­tage dans une œuvre inclu­sive où tous luttent côte à côte, les filles, les gar­çons, les trans, de tous âges et de toutes ori­gines. 120 bat­te­ments par minute est un remar­quable film de com­bat et film d’amour, deux moteurs puis­sants qui vont de concert. Préparez vos mou­choirs, car ces émo­tions sont grandes, très grandes.

Le film est à l’affiche depuis le 13 octobre au Quartier Latin et au Cinéma Beaubien.
Zoé Protat
17 octobre 2017

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