FNC jour 10 :
vers la ville‐étoile

Wonderstruck

de Todd Haynes

De mon côté, le der­nier week‐end du FNC sera consa­cré à de grands noms, et aus­si à des retailles de la com­pé­ti­tion du Festival de Cannes. Avant Yorgos Lanthimos et Fatih Akin, voi­ci Todd Haynes, l’un de mes réa­li­sa­teurs amé­ri­cains fétiches depuis très long­temps – un peu moins main­te­nant, je l’avoue, depuis qu’il est plus hol­ly­woo­dien et moins rock’n’roll. Mais l’amour et encore là et je réponds tou­jours pré­sente. Donc acte avec Wonderstruck qui est, pre­mière sur­prise : un film pour toute la famille; deuxième sur­prise : un film qua­si muet. Et pour cause : ses deux pro­ta­go­nistes sont des enfants sourds. Pour Ben, cette condi­tion est toute récente et est la consé­quence d’un acci­dent. Rose, elle, doit com­po­ser avec le silence depuis tou­jours. Le pre­mier vit en 1977, la seconde en 1927, et ils rêvent tous deux de New York. Ben part y cher­cher un père incon­nu, Rose y rejoindre une mère célèbre qui la néglige. Quelque part, un jour, leurs des­ti­nées se réuni­ront… au Musée d’histoire natu­relle.

Wonderstruck se dévoile à petites touches, pré­ser­vant jalou­se­ment ses mys­tères. Si le récit, très simple, se tient en quelques lignes, l’ampleur exal­tée du film rend hom­mage à la grande quête des enfants. Car mal­gré la pré­sence d’actrices célèbres au géné­rique, ceux‐ci sont les vrais héros ! D’où une cer­taine naï­ve­té sédui­sante qui fera plai­sir à tous les publics. Le film tra­vaille aus­si sur les sens, comme plu­sieurs pro­po­si­tions cette année au FNC. Après les aveugles (Ava et Mon ange), voi­ci donc les sourds et leur uni­vers. Pour l’incarner, Haynes a fait le choix de longues séquences très lyriques où le silence se retrouve nap­pé de musique, de TONNES de musique. Ici, il faut bien vou­loir appré­cier le son orches­tral ron­flant carac­té­ris­tique des grosses pro­duc­tions hol­ly­woo­diennes. Ce qui tombe davan­tage dans mes cordes, c’est l’éclatante décla­ra­tion d’amour à New York, que le réa­li­sa­teur s’est amu­sé à recréer sur deux époques, dans la clin­quante moder­ni­té art déco des roa­ring twen­ties autant que dans le chaos trash et colo­ré des seven­ties. Et lorsque les fils du récit se nouent enfin, l’émotion éclate. C’est à ce moment que le film devient for­mel­le­ment plus inven­tif, convo­quant les fameuses pou­pées et marion­nettes chères au réa­li­sa­teur (Superstar : The Karen Carpenter Story et Velvet Goldmine). D’autres figures fon­da­trices font aus­si leur grand retour : Oscar Wilde, avec sa maxime « We are all in the gut­ter but some of us are loo­king at the stars », et l’homme venu des étoiles, David Bowie. Une petite touche de glam dans un film très sage. Wonderstruck n’est pas un Todd Haynes queer ou sub­ver­sif, c’est un Todd Haynes lyrique et atten­dri.

Zoé Protat
15 octobre 2017

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