FNC jour 9 :
les pro­phètes

Walesa, l’homme d’espoir

d’Andrzej Wajda

Le pre­mier film de ce ven­dre­di au FNC était très spé­cial pour moi. J’ai déjà men­tion­né ici que j’étais une afi­cio­na­da du ciné­ma polo­nais, et que c’est au fabu­leux dip­tyque d’Andrzej Wajda L’Homme de marbre/L’Homme de fer (1977/1981) que j’ai consa­cré ma maî­trise. En octobre der­nier, lors du FNC jus­te­ment, je per­dais mon réa­li­sa­teur fétiche à qui je ren­dais d’ailleurs hom­mage sur Kino Pravda au moment de la sor­tie mont­réa­laise de son ultime pro­jet, Les Fleurs bleues. Alors lorsque j’ai appris en confé­rence de presse que le fes­ti­val ferait de même avec la pro­jec­tion de cinq de ses films, il était évident pour moi d’y être. Une visite, en forme de pèle­ri­nage… J’ai por­té mon choix sur une œuvre encore inédite pour moi, Walesa, L’Homme d’espoir (2013) — qui, en quelque sorte, boucle la boucle de mon dip­tyque de maî­trise, créant plus de trente ans après une tri­lo­gie non offi­cielle. Se frot­ter à la figure de Lech Walesa, pas­sio­na­ria des grèves des chan­tiers de Gdasnk en 1980, prix Nobel de la paix et pre­mier pré­sident élu d’une Pologne libre était une évi­dence pour Wajda. Pour le monde, Walesa fut l’un des pre­miers à créer une brèche der­rière l’immuable rideau de fer. Bien sûr, c’était aus­si une figure contro­ver­sée, quelque peu dic­ta­to­riale, que beau­coup ont reje­tée après l’avoir por­tée aux nues. Wajda se tient à dis­tance de toute cette dis­corde. Son film prend le pré­texte d’une inter­view menée par la fameuse jour­na­liste ita­lienne Oriana Fallacci afin de struc­tu­rer son bio­pic certes clas­sique, mais bien enle­vé et ner­veux. Le plus pas­sion­nant est sans aucun doute les jeux avec l’image, déjà une consti­tuante essen­tielle de L’Homme de fer, et ici por­tés à leur paroxysme. Noir et blanc et cou­leurs, vraies et fausses archives, « fic­tion » et « réa­li­té » : le ciné­ma dis­cute ici avec l’histoire au sens propre, en champ‐contrechamp. Sans être une hagio­gra­phie totale, c’est aus­si un bel hom­mage livré au rebelle aux valeu­reuses mous­taches. Et qui plus est, L’Homme d’espoir est tapis­sé de bord en bord de punk polo­nais! À 87 ans, Wajda nous a donc offert un film rock’n’roll, mais qui l’eut cru ? Pour moi, c’est un peu comme reve­nir à la mai­son.

All You Can Eat Bouddha

de Ian Lagarde

Après l’œuvre-somme du vété­ran polo­nais, place au pre­mier film de Ian Lagarde qui nous arrive à Montréal après un pas­sage au TIFF. On évoque les Monty Python et Jodorowsky au sujet de All You Can Eat Bouddha, excu­sez du peu! Étant une très grande fan des pre­miers et du der­nier, ça donne envie. Dès la pre­mière séquence, irré­sis­tible, le ton est don­né : ce sera far­fe­lu, irré­vé­ren­cieux, inso­lite. Du bon­bon. Bienvenue dans le cau­che­mar abso­lu qu’est le tout‐inclus « dans le sud », avec buf­fet en plas­tique, enter­tai­ners d’une rin­gar­dise abso­lue, et sur­tout cette petite sen­sa­tion d’exploiter son pro­chain en ache­tant son sou­rire et sa dévo­tion pour quelques sous. Les cou­loirs de l’hôtel Palacio sont arpen­tés par Mike, un mys­té­rieux tou­riste, un géant dans tous les sens du terme. Il ne parle pas beau­coup aux humains, mais il dia­logue avec les pieuvres, qui lui font entre­voir des mer­veilles. Il a le pou­voir de redon­ner goût à la vie à ceux qui l’avaient per­du. Peu à peu, l’univers clin­quant du Palacio se dégra­de­ra… mais qui est Mike ? Une créa­ture magique, un anthro­po­phage, le pro­phète d’un nou­veau culte ? All You Can Eat Bouddha est un film d’ambiances, val­sant entre le cocasse, l’inquiétant et le déli­rant, le tout dans des décors et des cadres superbes. Un film ambi­tieux et très ori­gi­nal qui mérite son hype et risque fort de faire beau­coup par­ler de lui.

Il reste encore deux pro­jec­tions au cycle hom­mage à Wajda au FNC : Korczak et Katyn ce dimanche à 14h00 et 19h00 au Cinéma du Parc, ain­si que l’inévitable Homme de fer aujourd’hui même.

Quant à All You Can Eat Bouddha, il pren­dra très heu­reu­se­ment l’affiche au cou­rant de l’hiver!

Zoé Protat
14 octobre 2017

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