FNC jour 7 :
loin des yeux, près du cœur

Mon ange

d’Harry Cleven

J’aime beau­coup les Belges. Ils excellent dans les pro­po­si­tions déca­lées et ont ce petit quelque chose en plus, ce grain de folie qui fait décol­ler l’art vers le réa­lisme magique. J’étais donc ravie de voir à l’affiche du FNC Mon ange d’Harry Cleven, un réa­li­sa­teur dont je ne connais­sais pas les œuvres anté­rieures. Ce film‐ci a été pro­duit par Jaco Van Dormael, rien de moins, et son pari est culot­té : nous racon­ter l’histoire d’amour entre une jeune fille qui ne voit pas et un jeune gar­çon invi­sible! Le tout avec un mini­mum d’effets spé­ciaux et une grande louche d’inventivité. Déjà dans Ava, il y a quelques jours au fes­ti­val, une jeune fille deve­nait aveugle. Ici, Madeleine l’est de nais­sance, elle ne sait donc pas que celui qui la fait vibrer, et qui habite juste en face, est tota­le­ment trans­pa­rent aux yeux des autres. Les deux se ren­contrent enfant, et leur amour gran­di­ra avec les années, jusqu’à ce que Madeleine subisse une série d’opérations des­ti­nées à « répa­rer » ses yeux. Recouvrer tous ses sens la séparera‐t‐elle de son ange qu’elle sent, touche, entend, goûte, mais ne peut voir?

Il y a dans ce film plu­sieurs sur­prises, jolies ou déchi­rantes, mais toutes déli­cates — je ne veux pas trop en dire de peur de rompre le charme. Le rythme est lent et immer­sif, entiè­re­ment dédié aux sen­sa­tions. Le héros existe réel­le­ment, non seule­ment par la voix off mais éga­le­ment par de beaux détails, quelques traces dans la pous­sière ou une ombre fugace dans le soleil d’été. L’effet n’est jamais cocasse, au contraire, il peut même se révé­ler tra­gique. Et aus­si éthé­ré qu’il puisse paraître (et pour cause), cet amour est aus­si char­nel! Parmi les films de la sec­tion Temps 0, « la horde sau­vage », Mon ange est une pause poé­tique. Un petit tour de force tout en dou­ceur.

Zoé Protat
12 octobre 2017

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