Blade Runner 2049 :
le nou­veau modèle

Blade Runner 2049

de Denis Villeneuve

Il y avait foule hier soir à la Place-des-Arts pour cette pre­mière Canadienne du film tant atten­du (et déjà tant célé­bré) de Denis Villeneuve, offert en cadeau au FNC comme ouverture-événement, deux jours avant sa sor­tie pour le com­mun des mor­tels. Ce Blade Runner 2049 est un cas rare : la suite, 35 ans après, d’un film mythique et révo­lu­tion­naire qui n’a abso­lu­ment rien d’une fran­chise, et qui se récolte des cri­tiques dithy­ram­biques. Malgré le temps qui a pas­sé, les attentes déme­su­rées du public et tout ce qui aurait dû natu­rel­le­ment plom­ber l’affaire… un phé­no­mène. On peut dif­fi­ci­le­ment faire plus spec­ta­cu­laire pour inau­gu­rer la 46e édi­tion du FNC.

« Le film est long, très long » — Denis Villeneuve, visi­ble­ment ému, a donc été bref. Il a fait un pacte avec le public mont­réa­lais, lui deman­dant d’obéir à la sacro-sainte loi des spoi­lers. Je res­pec­te­rai évi­dem­ment ce sou­hait et je ne vous par­le­rai même pas de l’intrigue du film : d’autres s’en sont déjà char­gés avant moi, et s’en char­ge­ront ample­ment dans les jours à venir. Je vous don­ne­rai sim­ple­ment quelques réflexions en vrac d’une grande, grande admi­ra­trice de l’œuvre ori­gi­nale de Ridley Scott, qui a vu Blade Runner (1982) sûre­ment 30 fois et qui verse encore des larmes (de métal?) au sou­ve­nir du fameux monologue-testament de Roy Batty.

Si le Blade Runner ori­gi­nel avait été gran­de­ment infi­dèle à son ins­pi­ra­tion, la plume hal­lu­ci­née de Philip K. Dick, ce nou­veau modèle res­ti­tue avec peut-être plus d’ampleur ses uni­vers dys­to­piques, syn­thé­tiques, où les êtres (humains ou non) tentent d’échapper à des exis­tences exsangues. Il y a très peu de scènes d’action dans Blade Runner 2049. Elles font place à une len­teur contem­pla­tive et à un récit opaque. Il y a évi­dem­ment une plé­thore de clins d’œil à l’original : les androïdes fémi­nines portent la frange et la pen­cil skirt; le Los Angeles crade et mouillé est par­se­mé d’idéogrammes asia­tiques; lorsque les tam­bours signa­ture de Hans Zimmer se calment un peu, on entend quelques notes de Vangelis… c’est du com­fort food et pas en même temps. C’est moins néo-punk, plus lisse visuel­le­ment. Et puis, on essaie de se remettre de l’absence de Rutger Hauer!

Personnellement, je doute tou­jours du concept : pour­quoi reve­nir ou étendre les œuvres de ce calibre? Quel en est le réel inté­rêt, et ce, même si les résul­tats en valent la peine? Pourquoi ne pas inven­ter des uni­vers de science-fiction 100 % ori­gi­naux, ou alors adap­ter d’autres romans? Ce n’est vrai­ment pas ça qui manque, et juste chez Philip K. Dick, il y a allé­gre­ment de quoi pio­cher. Mais bon, on ne va pas réécrire la logique d’Hollywood. Ce qui est sûr, c’est que cata­pul­té sen­sa­tion de l’anticipation « pour adultes », Denis Villeneuve a fait du très beau avec Arrival (posi­tion 7 de mon top ciné­ma 2016) et s’apprêterait à en faire tout autant avec Dune. Entre-temps, voi­ci un film qui n’a pas grand-chose de com­mer­cial, et pour une pro­duc­tion de cette ampleur, c’est gran­de­ment sur­pre­nant. La com­pa­rai­son avec Tarkovski est peut-être too much, mais comme block­bus­ter, Blade Runner 2049 se pose là.

Et puis, sur­tout… bon FNC tout le monde!

Zoé Protat
5 octobre 2017

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