How To Talk To Girls At Parties :
La pun­kette qui venait des étoiles

How To Talk To Girls At Parties

de John Cameron Mitchell

Le fes­ti­val de musique Pop Montréal se ter­mi­nait hier soir, et avec lui son volet ciné­ma, Film Pop. En guise de bou­quet final, nous avons eu droit au tout nou­veau long-métrage de John Cameron Mitchell, son qua­trième, pré­sen­té hors com­pé­ti­tion à Cannes en mai der­nier avec sans nul doute l’équipe la mieux habillée de toute la Croisette. Depuis que j’ai vu le réa­li­sa­teur mon­ter les marches en ves­ton rouge tomate, pan­ta­lon che­ck­mate et par­faite che­ve­lure argen­tée, j’attends fébri­le­ment How To Talk To Girls At Parties : mer­ci Film Pop de nous l’avoir offert en pre­mière Nord-Américaine, car Dieu seul sait quand cette irré­sis­tible fan­tai­sie paille­tée attein­dra nos écrans.

Le Cinéma du Parc était archi comble hier soir, rem­pli d’admirateurs tran­sis de Cameron Mitchell, figure essen­tielle du théâtre et du ciné­ma indé­pen­dant amé­ri­cain. Figure trop rare aus­si ! Comme beau­coup de gens, je l’ai décou­vert en 2001, devant et der­rière la camé­ra de l’adaptation de sa comé­die musi­cale trash Hedwig and the Angry Inch. Un film culte bien­tôt sui­vi par Shortbus, célé­bra­tion sans tabous de toutes les sexua­li­tés et autre pro­jet dif­fi­ci­le­ment oubliable. En 2010, Rabbit Hole chan­geait radi­ca­le­ment de ton. Mais voi­ci le réa­li­sa­teur de retour dans le rock’n’roll : How To Talk To Girls At Parties est une romance punk inter­ga­lac­tique. Eh oui !

Le film est l’adaptation d’une courte nou­velle signée Neil Gaiman, nom qui fait tou­jours fré­tiller d’envie tout geek qui se res­pecte. Nous sommes en 1977 à Londres, la reine Élizabeth célèbre son jubi­lé et notre héros, Henry dit Hen, est un vrai punk dans l’âme. Avec ses deux meilleurs potes, il court les spec­tacles et les pubs cras­seux. Un soir, ils débarquent dans une soi­rée très étrange, et pour cause : ses par­ti­ci­pants sont les repré­sen­tants de six colo­nies extra-terrestres effec­tuant un séminaire/rite de pas­sage sur la Terre. Ce tou­risme d’observation inco­gni­to implique peu voire pas du tout d’interaction avec les locaux, mais la belle Zan, elle, a soif d’expériences. Après avoir pro­tes­té haut et fort, elle obtient une per­mis­sion de 48h de liber­té chez les humains. « Do more punk to me », dit-elle à Hen : les deux jeunes rebelles par­ta­ge­ront un week-end et, évi­dem­ment, tom­be­ront amou­reux.

Avançant à un rythme d’enfer, How To Talk To Girls At Parties ose un récit sur­pre­nant qui se déploie en trois ave­nues. D’abord, l’époque colo­rée du punk, res­sus­ci­tée joyeu­se­ment par les jeunes gens en colère, la musique à fond et aus­si Nicole Kidman, assez irré­sis­tible en grande prê­tresse du nihi­lisme arty et sosie de David Bowie période Labyrinth ! Ensuite, la science-fiction, très rétro et avec les moyens du bord, pour témoins ces cos­tumes à la fois sublimes et fau­chés rap­pe­lant les beaux jours de Star Trek et des com­bi­nai­sons en néo­prène de Courrèges. Finalement, une his­toire d’amour toute en inno­cence et en charme. Elle Fanning est déli­cieuse avec ses space buns et ses dia­logues déca­lés; Alex Sharp, abso­lu­ment cra­quant en rocker au cœur tendre. Leurs par­cours urbains pleins d’inventivité et d’enthousiasme prouvent le poten­tiel roman­tique de l’architecture bru­ta­liste et des cours d’immeubles dévas­tées. Quant aux colo­nies d’outre-espace, elles pro­posent une vision holis­tique de l’univers qui n’est pas sans rap­pe­ler la sublime chan­son The Origin of Love de Hedwig and the Angry Inch.  John Cameron Mitchell se réin­vente ici sans sacri­fier ses thèmes de pré­di­lec­tion : l’identité, la décou­verte de soi et de l’autre, le goût de la liber­té. Film après film, il cherche le sens de l’amour. Aussi drôle que sen­sible et sty­lé comme c’est pas per­mis, How To Talk To Girls At Parties est évi­dem­ment une ode à la dif­fé­rence, à ceux qui remettent en ques­tion les règles arbi­traires et ruent dans les bran­cards de la vie. Vu l’enthousiasme pal­pable dans la salle hier soir, nous sommes nom­breux à pour­suivre cet idéal !

Zoé Protat
18 sep­tembre 2017

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