Free Fire :
faire feu de tout bois

Free Fire

de Ben Wheatley

Dans mon top ciné­ma de 2016 trô­nait High-Rise, le délire d’anticipation rétro de Ben Wheatley. Il « trô­nait » à la der­nière place, mais quand même, je me cite : « C’est beau et écœu­rant à la fois, assez inou­bliable pour le coup ». Et mal­gré les outrances un peu las­santes de ce film com­plè­te­ment psy­cho­tro­nique, je n’ai jamais, jamais pu le faire sor­tir de ma tête. Que voulez-vous, j’aime et je place très haut l’originalité, quitte à par­don­ner cer­tains défauts! J’accueillais donc un nou­veau Wheatley avec enthou­siasme, d’autant plus que celui-ci met en scène Cillian Murphy, fabu­leux et tel­le­ment ado­ré dans Breakfast On Pluto de Neil Jordan et The Wind That Shakes The Barley de Ken Loach. Mais mal­heu­reu­se­ment, les yeux pis­cine de l’acteur irlan­dais ne peuvent pal­lier à tout. L’originalité écla­tante de Ben Wheatley se met quelque peu en sour­dine pour Free Fire, à l’affiche depuis ven­dre­di der­nier.

Ce pur et toni­truant exer­cice de style nous trans­porte à la fin des seven­ties. Après une très courte intro­duc­tion, nous péné­trons dans un entre­pôt désaf­fec­té que nous ne quit­te­rons plus. Unité de temps, de lieu, d’action : des com­bat­tants de l’IRA sont mis en contact avec des mar­chands d’armes. Une dizaine de per­son­nages, tous plus intenses et cari­ca­tu­raux les uns que les autres. Les chefs ont de gros ego, les sous-fifres ne brillent pas par leur intel­li­gence, bref, inutile de vous dire que rien ne se pas­se­ra comme pré­vu. Rapidement, TRÈS rapi­de­ment, la tran­sac­tion vire­ra à l’affrontement péta­ra­dant et, croyez-moi, le titre du film n’est pas à prendre à la légère!

Free Fire est un jeu de mas­sacre en cir­cuit fer­mé façon The Hateful Eight, sauf que nous sommes ici en 1978 au lieu de 1878, et dans une usine au lieu d’une auberge. Toujours aus­si rock’n’roll, Ben Wheatley plonge tête pre­mière dans une époque très codi­fiée. Visuellement, le résul­tat est bien sym­pa­thique : ciga­rettes, lumières satu­rées, orgie de mous­taches et de vieilles voi­tures, cols pelle à tarte et accents à cou­per au cou­teau. Attachez votre tuque pour com­prendre ceux-ci d’ailleurs, d’autant plus que l’action étant hau­te­ment répé­ti­tive, tout le sel se trouve dans les dia­logues. Enfin, si vous réus­sis­sez à cap­ter ceux-ci au tra­vers de l’orgie de « Fuck Fuck Fuck » et autres joyeu­se­tés.

Comme High-Rise, c’est long, claus­tro­pho­bique, trem­pé d’humour noir, super confus, ennuyeux à la longue; mais contrai­re­ment à High-Rise, c’est assez conve­nu. Malgré son aspect tape-à-l’œil et sur­clin­quant, ce der­nier pou­vait comp­ter sur la « pro­fon­deur » de ses thèmes de science-fiction, cri­tique sociale à la clef. On sent que Ben Wheatley a cette fois-ci vou­lu se faire plai­sir avec un pro­jet moins ambi­tieux et sim­ple­ment jubi­la­toire. Mais mal­heu­reu­se­ment, l’accumulation des coups de feu jusqu’à la nau­sée n’est peut-être pas le grain de folie qui fait toute la dif­fé­rence…

Free Fire est pré­sen­te­ment à l’affiche à Montréal.

Zoé Protat
25 avril 2017

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