The Forest for the Trees :
nais­sance d’une cinéaste

The Forest for the Trees

de Maren Ade

Toni Erdmann sort ENFIN ce ven­dre­di sur nos écrans! Après avoir sou­le­vé les foules à Cannes, le phé­no­mène ciné­ma­to­gra­phique signé Maren Ade avait failli pro­vo­quer une émeute au Cinéma du Parc en octobre der­nier lors du Festival du Nouveau Cinéma. Vous ayant déjà dit beau­coup de bien de ce film sin­gu­lier (ici et ici), je ne peux que vous conseiller d’aller le voir en salles. Après tout, rien de mieux qu’une comé­die alle­mande de près de trois heures pour éclai­rer la gri­saille de votre mois de février! Mais ce qu’il y a de plus chouette encore, c’est que l’engouement autour de Toni Erdmann nous per­met éga­le­ment de décou­vrir enfin les autres longs‐métrages de Maren Ade sur grand écran.

Le Goethe Institut pré­sen­te­ra en effet les deux pre­miers films de la réa­li­sa­trice au Cinéma du Parc, le tout du 25 février au 5 mars. L’institut cultu­rel orga­nise déjà des pro­jec­tions men­suelles au même ciné­ma, occa­sion unique de décou­vrir un (tout petit) peu de la vita­li­té du ciné­ma alle­mand contem­po­rain. Voici donc main­te­nant The Forest for the Trees (Der Wald vor lau­ter Bäumen) et Everyone Else (Alle Anderen). Le pre­mier reçut le Prix spé­cial du jury lors de sa pré­sen­ta­tion au fes­ti­val de Sundance en 2005, le second ouvrit le fes­ti­val de Berlin en 2009 et rem­por­ta l’Ours d’argent ain­si que le Prix d’interprétation fémi­nine.

Des deux films, je n’ai vu que le pre­mier, qui fut d’ailleurs le pro­jet de fin d’études de Maren Ade. Et il m’a vrai­ment beau­coup plu. Par contre, la forme et même la tech­nique y sont extrê­me­ment rudi­men­taires, ce à quoi notre œil est fran­che­ment peu habi­tué. Mais il faut abso­lu­ment savoir pas­ser outre ces consi­dé­ra­tions esthé­tiques. Je me sou­viens qu’il y a quelques années déjà, l’excellent 12 : 08 à l’est de Bucarest de Corneliu Porumboiu m’avait ins­pi­ré des réflexions sem­blables. Oui, voir pas­ser une perche dans le champ, c’est un peu sur­pre­nant, et cer­tains films sont clai­re­ment plus fau­chés que d’autres. Mais ils pos­sèdent néan­moins d’immenses qua­li­tés… c’est un peu pareil ici. Alors une image terne et des cadres approxi­ma­tifs certes, mais déjà beau­coup de carac­tère pour l’écriture et les per­son­nages de Maren Ade. Des ver­tus que l’on retrou­ve­ra, encore plus raf­fi­nées bien enten­du, dans Toni Erdmann.

 The Forest for the Trees raconte l’histoire en appa­rence très banale de Melanie, ensei­gnante de bio­lo­gie au pri­maire, qui démé­nage dans une nou­velle ville après avoir accep­té un poste de sup­pléance. La jeune femme est timide, gauche, mul­ti­plie les gaffes en socié­té. Le jour, elle se bute à l’hostilité d’élèves en roue libre et de col­lègues hau­tains. Le soir, elle observe en cachette sa voi­sine Tina, de qui elle tente mal­adroi­te­ment de deve­nir l’amie… sans suc­cès. Totalement seule, Melanie glisse len­te­ment dans la dépres­sion. Mais mal­gré la gra­vi­té de son sujet, le film main­tient tout le long un sur­pre­nant ton comique et à côté de la plaque. Cet humour de funam­bu­liste, qui ne craint ni les temps morts ni les malaises, c’est la force de Maren Ade, et elle est déjà bien pré­sente ici. Avec son titre énig­ma­tique, The Forest for the Trees est ins­tan­ta­né­ment cap­ti­vant, ce qui est presque un non‐sens vu le peu d’action à l’écran et le côté extrê­me­ment modeste de toute l’entreprise. C’est presque une sorte de magie. Quant à la fin, qui aurait pu être extrê­me­ment dra­ma­tique, elle verse plu­tôt dans l’onirisme : une autre sur­prise dans ce petit film un peu ban­cal, mais atta­chant et réus­si.

Paraît‐il que Toni Erdmann ferait déjà l’objet d’un remake aux États‐Unis (pitié!). Kino Pravda ne peut que vous conseiller de vous délec­ter de l’esprit unique de l’original, ain­si que d’aller décou­vrir les pre­miers longs‐métrages d’une réa­li­sa­trice qui compte.

The Forest for the Trees sera pré­sen­té les 25 et 26 février à 14h30 ; Everyone Else, le 4 mars à 14h30 avec sous‐titres fran­çais et le 5 mars, tou­jours à 14h30, avec sous‐titres anglais, au Cinéma du Parc.

Zoé Protat
16 février 2017

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