Julieta :
les demoi­selles
de Pedro

Julieta

de Pedro Almódovar

À l’affiche depuis ven­dre­di der­nier à Montréal, Julieta marque le retour d’un cer­tain Pedro Almódovar clas­sique : celui du mélo­drame haut en cou­leurs, habi­té par la figure cen­trale de la mère. Je l’avoue, Tout sur ma mère (1999) est incon­tes­ta­ble­ment mon film pré­fé­ré du roi du ciné­ma espa­gnol. Des femmes, des vraies, des fausses, des vieilles, des jeunes, des chics et des sau­va­geonnes, des sublimes de beau­té et des mal atti­fées, tout un monde juché sur la pointe des talons aiguilles! Et, en son cœur, des secrets, des men­songes, des tra­hi­sons, de l’amitié et de l’amour. Autant dire tout de suite que l’on se situe loin du savant fou de La Peau que j’habite (2011), dont j’avais bien appré­cié l’univers agi­té du bocal mais dont les outrances fan­tas­tiques en avaient dérou­tés plu­sieurs. L’humour potache des Amants pas­sa­gers (2013) n’avait, quant à lui, convain­cu per­sonne. Retour au gyné­cée et à un style bien maî­tri­sé de la part du réa­li­sa­teur, donc. Mais mal­gré des cri­tiques glo­ba­le­ment favo­rables, Julieta est reve­nu une fois de plus bre­douille du der­nier Festival de Cannes… Almódovar et la com­pé­ti­tion offi­cielle, pro­ba­ble­ment une bles­sure qui ne se refer­me­ra jamais!

Un style bien maî­tri­sé n’équivaut pas à beau­coup de sur­prises ; géné­ra­le­ment, c’est plu­tôt le contraire. Et c’est un peu le sen­ti­ment res­sen­ti avec Julieta, un drame « de belle tenue » comme le disent par­fois les cri­tiques face à une œuvre qui accu­mule les qua­li­tés sans que la sauce prenne réel­le­ment. Les films Almódovar ont tou­jours un style fou, il faut bien le dire, et ici, c’est par­ti­cu­liè­re­ment patent. C’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a le plus enthou­sias­mée dans ce récit de famille alam­bi­qué. La Julieta du titre, joli­ment inter­pré­tée à deux âges de sa vie par Adriana Ugarte et Emma Suárez, ren­contre l’amour dans un train. Après une dizaine d’années de bon­heur et une grosse dis­pute, son beau pêcheur sau­vage part se noyer en mer. Leur fille, Antía, soigne la dépres­sion de sa mère puis, deve­nue adulte, coupe les ponts de manière très vio­lente. Pourquoi? La souf­france d’une femme qui perd deux fois plu­tôt qu’une la pru­nelle de ses yeux, la péren­ni­té (et la pas­sa­tion) de la culpa­bi­li­té, l’extrême com­plexi­té de la filia­tion et des rela­tions humaines : autant de thèmes char­gés abor­dés par une struc­ture en boucles nar­ra­tives conti­nues, et dont les fils res­te­ront ten­dus jusqu’à la toute fin, sans tou­te­fois pro­vo­quer de stu­peur.

Julieta se laisse regar­der agréa­ble­ment, avec simple plai­sir à défaut d’enthousiasme fou. On a vrai­ment l’impression de retrou­ver l’univers d’un vieil ami, avec ses déme­sures fami­lières, des per­son­nages qui perdent la mémoire, d’autres qui tombent dans le coma, de la musique bien intense et la menace de la mer déchaî­née… Et, au milieu de tout cela, les cou­leurs et les formes sublimes de la Movida des années 80! Même Rossy De Palma y est. Les nos­tal­giques (ou les amou­reux tran­sis) appré­cie­ront cer­tai­ne­ment.

Julieta est pré­sen­te­ment à l’affiche au Beaubien (sous-titres fran­çais) ain­si qu’au Cinéma du Parc et au Forum (sous-titres anglais).

Zoé Protat
31 jan­vier 2017

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