La Tortue rouge :
pure beau­té

La Tortue rouge

de Michael Dudok de Wit

Je vais débu­ter ce billet par un aveu : pour la pre­mière fois sur Kino Pravda, j’écris sur un film qui m’a fait pleu­rer des tor­rents de larmes. La Tortue rouge, œuvre d’animation unique, nous est offerte par le hol­lan­dais Michael Dudok de Wit. C’est le pre­mier long-métrage du réa­li­sa­teur de 63 ans ; c’est une mer­veille, un joyau ; et il rem­porte un grand suc­cès par­tout où il passe. Pour ceux qui croient encore qu’animation = pour enfants = Disney, voi­ci le plus beau des démen­tis! La Tortue rouge est copro­duit par le stu­dio Ghibli. Quel bon­heur de voir la figure ron­douillarde et ras­su­rante de Totoro nous intro­duire ce film pré­cieux.

Un homme fait nau­frage sur une île déserte. Notre Robinson Crusoé explore tran­quille­ment la nature, qui recèle son lot de sur­prises par­fois sublimes, par­fois effrayantes. Il se construit tant bien que mal un radeau, tente de fuir. Mais, chaque fois, une puis­sance mys­té­rieuse détruit sa frêle embar­ca­tion et le ramène sur le rivage. La res­pon­sable de son mal­heur? Une tor­tue rouge géante, que l’homme immo­bi­li­se­ra, ten­te­ra tout d’abord de tuer, puis obser­ve­ra de loin et sau­ve­ra. Suite à ses soins, la tor­tue se méta­mor­pho­se­ra. Je n’ai même pas envie d’en dire plus tant la chose est belle… L’homme ne vou­dra plus jamais quit­ter l’île. Il y pas­se­ra toute sa vie.

L’histoire est simple, et s’apparente à une fable, ou à un conte natu­ra­liste. Et le film est muet. Quelle beau­té! C’est la toute pre­mière col­la­bo­ra­tion du stu­dio Ghibli avec un artiste étran­ger, et le mariage semble une évi­dence. L’attachement de Michael Dudok de Wit à dépeindre toute la vita­li­té des élé­ments de la nature, des crabes bien­veillants aux orages furieux, est le plus bel hom­mage qui soit à Hayao Miyazaki. Le trait du des­sin, à la fois naïf et sédui­sant, n’est pas sans rap­pe­ler notre Guy Delisle natio­nal. Il fait mer­veille dans les scènes oni­riques, par­fai­te­ment dosées dans le sym­bo­lisme et l’émotion. Le rythme, aéré par des ellipses et fon­dus au noir, est contem­pla­tif et envoû­tant. Quant à l’émotion, débor­dante, elle s’épanouit grâce à un sens de l’épure tout à fait ren­ver­sant. Je conçois que les épi­thètes que j’emploie sont dithy­ram­biques, mais elles sont abso­lu­ment et com­plè­te­ment méri­tées, croyez-moi!

J’avais man­qué La Tortue rouge au der­nier Festival du Nouveau Cinéma. Bien heu­reu­se­ment, il prend l’affiche dès aujourd’hui à Montréal au Beaubien et au Quartier latin. Courez-y, c’est un pur moment de grâce, et c’est rare.

Zoé Protat
27 jan­vier 2017

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