The Founder :
cau­che­mar amé­ri­cain

The Founder

de John Lee Hancock

Le ciné­ma de nos voi­sins du sud est obsé­dé par la des­ti­née des self‐made‐men, sur­tout lorsque ceux‐ci ont créé leurs propres mythes. Entre la célé­bra­tion de leurs talents et le juge­ment moral sur les moyens employés pour atteindre le suc­cès, le cœur d’Hollywood balance… et The Founder, en salles dès aujourd’hui, n’échappe pas à la règle. Le film s’attaque à la figure de Ray Krok, ven­deur ambu­lant sur la route 66 des années 50, qui voguait de diner en diner pour pro­po­ser ses bat­teurs à milk­shake à une clien­tèle ingrate. Un pro­jet de plus pour cet ambi­tieux. C’est sous le soleil de San Bernardino qu’il ren­con­tre­ra les frères McDonald et leur fast‐food nou­veau genre : une cui­sine entiè­re­ment repen­sée, un menu unique, une stan­dar­di­sa­tion totale des pra­tiques pour des ham­bur­gers ico­niques ser­vis en 30 secondes à des familles ravies. La belle affaire! Krok per­suade rapi­de­ment les McDonald de fran­chi­ser leur concept à la gran­deur du pays, et voi­ci les arches dorées qui se mul­ti­plient comme des petits pains chauds. Sauf que, dans l’aventure et dans l’excitation du suc­cès, Krok oublie peu à peu qu’il n’est pas le créa­teur du phé­no­mène. Et d’homme d’affaires enthou­siaste, il devien­dra un pur escroc.

Depuis le début des années 2000, le réa­li­sa­teur John Lee Hancock se fait une spé­cia­li­té de ces récits 100 % Amérique pur jus. The Founder est cer­tai­ne­ment son film le plus inté­res­sant. Avec sa recons­ti­tu­tion d’époque très soi­gnée et sa struc­ture bien lisse, il est en tout cas par­fai­te­ment cali­bré pour les Oscar. La pre­mière heure est consa­crée à un Ray Krok qui n’a pas encore per­du sa capa­ci­té d’émerveillement. Il a un véri­table coup de foudre pour le res­tau­rant, d’où de jolies scènes où les frères expliquent la créa­tion de leur cui­sine idéale, sorte de bal­let méca­nique de la frite, du ket­chup et du cor­ni­chon. Le ton est léger : c’est quand même mar­rant de voir McDonald, aujourd’hui sym­bole par excel­lence de l’impérialisme (les arches dorées sur la place Rouge ont don­né des sueurs froides à plu­sieurs), comme un « bon res­tau­rant » et un exemple récon­for­tant d’entreprise fami­liale. Autre temps, autres mœurs. Puis, la mayon­naise monte (sans jeu de mots), et Krok en perd la tête. Les qua­rante der­nières minutes du film opèrent un virage à 90 degrés : qua­si­ment d’un seul coup, l’investisseur devient une véri­table ordure. De sim­ple­ment effi­cace, le mon­tage accu­mule les cli­chés tape-à-l’œil. La musique ronfle. Michael Keaton se met étran­ge­ment à gri­ma­cer. Et n’oublions pas l’avalanche d’images d’archives pour bien appuyer le « d’après une his­toire vraie » : the rise and fall of, on connait la chan­son, et elle est tout sauf sub­tile ici. Dommage.

Si vous être curieux d’en apprendre un peu plus sur la créa­tion de la reli­gion du fast‐food, The Founder est à l’affiche dès aujourd’hui.

Zoé Protat
20 jan­vier 2017

Commentaires

com­men­taires