La La Land :
le règne de la nos­tal­gie

La La Land

de Damien Chazelle

Il est arri­vé juste à temps pour les Fêtes, le film‐cadeau, pré­cé­dé de l’enchantement des cri­tiques, des sou­pirs d’aise des admi­ra­teurs (trices) et d’un prix d’interprétation à Venise. Le film pour qui la caté­go­rie « comé­die ou film musi­cal de l’année » aux Golden Globes semble avoir été inven­tée — et qui la rend per­ti­nente, pour une fois. Les mots fusent : pétillant, enchan­teur, ravis­sant, féé­rique. Un film‐cadeau, je vous dis, ruban inclus.

À Los Angeles, « City of Stars » encore pour cer­tains paraît‐il, vivent une jeune femme aux robes colo­rées et un jeune homme aux chaus­sures par­fai­te­ment cirées. Elle sou­haite deve­nir comé­dienne, lui pia­niste de jazz. En atten­dant que leurs aspi­ra­tions se réa­lisent dans le vrai monde, elle sert des capuc­ci­nos à des clients infects tan­dis qu’il joue méca­ni­que­ment Jingle Bells dans un res­tau­rant endor­mi. Au pre­mier regard, ils se détestent, puis se mettent ensemble dans la seconde qui suit. Sauront‐ils conju­guer leur amour et leurs rêves? Dans la vie, faut‐il vrai­ment gran­dir et lais­ser tom­ber ces der­niers?

Voici en quelques mots la trame de La La Land. Effectivement, elle est mince. C’est que nous sommes devant une comé­die musi­cale, et que ce récit sera donc ponc­tué, expli­ci­té, com­men­té par des numé­ros musi­caux à plus ou moins grand déploie­ment. La séquence d’ouverture, qui nous pré­sente un pano­ra­ma de Los Angeles en réus­sis­sant à rendre un embou­teillage fes­tif, est à ce titre réjouis­sante. Mais toute cette musique (très bien fil­mée, au demeu­rant) sup­pose aus­si de nom­breuses rup­tures de ton qui, elles, sont négo­ciées avec un bon­heur inégal. Le film aurait cer­tai­ne­ment pu être res­ser­ré et son rythme, boni­fié. Un rythme qui, dans mon sou­ve­nir, était plus sou­te­nu dans l’intense Whiplash, film qui a fait connaître Damien Chazelle il y a deux ans et qui avait convain­cu à peu près tout le monde à part les bat­teurs de mon entou­rage. On ne retrouve mal­heu­reu­se­ment pas ici ce côté brut et impé­tueux. Tout est lisse, lisse, lisse ; des cos­tumes aux décors en pas­sant par les rebon­dis­se­ments du récit. Les acteurs sont char­mants, mais les véri­tables mor­dus de musi­cals regret­te­ront peut‐être le savoir‐faire sans failles des idoles d’antan. Les chan­sons sont jolies, quoique peu mémo­rables. Tout est beau et soi­gné, c’est diver­tis­sant, abso­lu­ment, et roman­tique, assu­ré­ment. Mais l’ensemble suscite‐t‐il réel­le­ment sur­prise, émo­tion, émer­veille­ment?

Hollywood est amou­reux de lui‐même. Tel Narcisse, il adore se contem­pler dans des œuvres auto­ré­fé­ren­tielles qui le flattent dans le sens du poil. En ce sens, je pré­vois à La La Land un sort sem­blable à celui de The Artist il y a quelques années : une pluie de lau­riers dorés en remer­cie­ments de toute cette beau­té nos­tal­gique. Certains se lais­se­ront volon­tiers emme­ner dans ce petit film par­fait, d’autres res­te­ront quelque peu sur leur faim.

 

La La Land est actuel­le­ment à l’affiche au Cinéma du Parc en ver­sion ori­gi­nale sous‐titrée en fran­çais. Essayez de pas­ser outre l’horrible titre tra­duit Pour l’amour d’Hollywood!

Zoé Protat
30 décembre 2016

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