Top 10 :
2016 sur grand écran

En cette fin d’année, c’est au tour de Kino Pravda de se plier à l’exercice sti­mu­lant du best of. Je me limi­te­rai ici aux films sor­tis en salles au Québec en 2016. Les films vus en 2016 mais pro­mis à une sor­tie ulté­rieure risquent, eux, fort de se tailler une place sur ma liste 2017. Exit éga­le­ment les œuvres vues dans le cadre des fes­ti­vals et qui n’ont pas encore de date de sor­tie annon­cée, ce qui est par­fois beau­coup plus déchi­rant : com­ment oublier The Student, Manuel de libé­ra­tion, The Last Family, Ma loute? Bref, voi­ci sans plus attendre mon top per­son­nel. Vous trou­ve­rez ici des films de par­tout dans le monde et dans une belle varié­té de langues, des œuvres de débu­tants et de vété­rans, ain­si qu’une grande plu­ra­li­té de styles et de genres. Clap de fin sur 2016!

10. High Rise

de Ben Wheatley

J. G. Ballard vu par l’enfant ter­rible du ciné­ma bri­tan­nique, résul­tat : un film que je ne suis vrai­ment pas sûre d’avoir appré­cié mais qui, étran­ge­ment, ne m’a jamais quit­tée. High Rise a autant de qua­li­tés que de défauts. Rayon qua­li­té : des visuels éblouis­sants, un cas­ting royal mené par le véné­neux Tom Hiddleston, une cri­tique sociale déca­pante, la science-fiction façon six­ties et l’humour anglais. Rayon défauts : une pro­pen­sion à l’enflure, une accu­mu­la­tion de répé­ti­tions, des tas de lon­gueurs, et une sur­en­chère dans la pro­voc’ qui exhorte au dégoût. C’est beau et écœu­rant à la fois, assez inou­bliable pour le coup.

9. Mon roi

de Maïwenn

Un autre choix pola­ri­sant. J’aime beau­coup Maïwenn, à qui per­sonne ne par­donne grand-chose… Mon roi a fait chou blanc en com­pé­ti­tion à Cannes, et nous est arri­vé avec un an de retard (encore). Si cer­tains ont été aga­cés par le côté entier et « hys­té­rique » de ce récit de pas­sion entre une fille « ordi­naire » et un mani­pu­la­teur de com­pé­ti­tion, j’ai pour ma part été fort tou­chée. La simple beau­té de la scène finale rachè­te­ra les outrances de l’ensemble si néces­saire. Et Vincent Cassel y fait le meilleur Vincent Cassel de toute sa car­rière!

8. Manchester By The Sea

de Kenneth Lonergan

Une his­toire simple mais déchi­rante au pos­sible, le pit­to­resque décor de la Nouvelle-Angleterre, des séquences d’une puis­sance rare, des émo­tions sans cli­chés, et sur­tout, des acteurs sublimes. Casey Affleck décroche la lune. Critique com­plète ici.

7. Arrival

de Denis Villeneuve

De la science-fiction pour adultes : une rare­té! Je ne suis pour­tant ni une fan de Denis Villeneuve, ni une grande admi­ra­trice de sa car­rière amé­ri­caine en géné­ral. Mais Arrival, qui prend tel­le­ment son temps selon les cri­tiques hol­ly­woo­diennes (ha bon?) m’a conquise. Cette ren­contre entre humains bel­li­queux et gra­cieux extra-terrestres poul­pesques est pas­sion­nante, ori­gi­nale, bien jouée, presque intel­lo. Son récit alam­bi­qué vous fera vous creu­ser les méninges durant des heures. Points bonis pour les pas­sion­nés de lin­guis­tique dans la salle.

6. The Lobster

de Yórgos Lánthimos

Encore de la science-fiction pour adultes — de l’anticipation, devrais-je dire cette fois-ci. Contre toute attente, le meilleur récit de l’année a été direc­te­ment écrit pour le grand écran. Le scé­na­rio de Lánthimos convoque, brasse et réin­vente le meilleur des uni­vers dys­to­piques : Orwell, Huxley, Bradbury et une kyrielle d’autres ano­nymes ayant peu­plé avec bon­heur les pages des pulp novels de la grande époque n’auraient pas fait mieux. On ne peut qu’être fas­ci­né devant cette méca­nique cruelle, aux dia­logues cise­lés, et aux images sidé­rantes de beau­té.

5. Aquarius

de Kleber Mendonça Filho

Le plus beau por­trait de femme de l’année, et une œuvre de résis­tance poli­tique : que deman­der de plus? En plus de nous don­ner la chance d’admirer la splen­deur de Sonia Braga durant plus de deux heures et demie, Aquarius nous en dit tant sur les tour­ments et l’immense rési­lience du peuple bré­si­lien. Ce film, c’est aus­si un rythme à part, si dif­fé­rent que ce que l’on nous sert habi­tuel­le­ment. Et une lan­gueur, une sen­sua­li­té et une pug­na­ci­té abso­lu­ment fan­tas­tiques. Critique com­plète ici.

4. Moonlight

de Barry Jenkins

Le film-Cendrillon de cette fin d’année. La forme est aus­si réus­sie que le fond : struc­ture rigou­reuse en trois cha­pitres, mise en scène de proxi­mi­té, effets visuels poé­tiques et tou­jours bien dosés, le tout pour un mélo­drame d’une finesse déchi­rante qui nous conte pudi­que­ment l’existence d’un jeune noir, pauvre et homo­sexuel, sans didac­tisme ni misé­ra­bi­lisme. Une splen­deur. Critique com­plète ici.

3. El Club

de Pablo Larraín

Le réa­li­sa­teur chi­lien (un autre de mes pré­fé­rés) est un cas. Affichant une pro­duc­ti­vi­té qui ferait rou­gir Xavier Dolan, il a signé trois films en un an! Si Jackie, sa pre­mière pro­duc­tion amé­ri­caine, a pris l’affiche chez nous juste à temps pour les Fêtes — et pour les dates butoir de la sai­son des céré­mo­nies, nous en repar­le­rons — Neruda (vu au der­nier FNC) sera sur nos écrans cet hiver. Mais mon favo­ri demeure El Club, une œuvre noire comme la nuit cam­pée au sein d’une com­mu­nau­té reli­gieuse dégé­né­rée. Un film d’horreur psy­cho­lo­gique qui tape bien fort sur le clou de l’Église catho­lique, avec le mer­veilleux acteur Alfredo Castro. Nappé de bord en bord par la musique d’Arvo Pärt, El Club est par­fois un brin too much, mais le jeu en vaut la chan­delle.

2. Elle

de Paul Verhoeven

Une maes­tria de mise en scène, peut-être moins sur­pre­nante que notre numé­ro 1, puisqu’elle nous vient direc­te­ment du vété­ran Paul Verhoeven. Le « hol­lan­dais violent » est l’un de mes réa­li­sa­teurs pré­fé­rés, et j’ai man­qué défaillir lorsque j’ai appris qu’il repre­nait le che­min des pla­teaux avec un film 100 % fran­çais. Adaptation au cor­deau d’un roman très cruel signé Philippe Djian, Elle est à la fois le por­trait sur­réa­liste d’une femme défiant toute morale et toute logique, et une comé­die noire avec des situa­tions pas drôles du tout. Les meilleurs dia­logues de l’année sont coif­fés au poteau par une Isabelle Huppert impé­riale, sans peur et sans reproche. Du bon­bon.

Pour les ama­teurs, j’ai signé un long papier sur le ciné­ma de Verhoeven à l’occasion de la sor­tie de Elle dans le numé­ro d’automne de la revue Ciné-Bulles.

1. Le Fils de Saul

de László Nemes

Arrivé sur nos écrans avec beau­coup de retard dans la froi­dure de l’hiver der­nier, ce monu­ment ne pou­vait échap­per à la pre­mière place de mon pal­ma­rès. L’odyssée funèbre du membre d’un Sonderkommando qui cherche déses­pé­ré­ment à offrir une sépul­ture à son fils en pleine muti­ne­rie d’Auschwitz est certes ter­rible, mais sur­tout inédite. C’est à la magie de la mise en scène d’un réa­li­sa­teur hon­grois de 38 ans, László Nemes, que l’on doit ce miracle de pre­mier film : la camé­ra d’une effrayante proxi­mi­té semble lit­té­ra­le­ment posée sur l’épaule de l’acteur prin­ci­pal, le poète Géza Röhrig (un pre­mier film pour lui aus­si!). Nous ne ver­rons, nous n’entendrons la guerre que par les sens de Saul. Une claque magis­trale admi­nis­trée à tous ceux qui affirment qu’ils connaissent tout de la Seconde Guerre mon­diale, et à tout ciné­phile, tout sim­ple­ment.

Zoé Protat
28 décembre 2016

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