Victoria : super­hé­roïne
d’aujourd’hui

Victoria

de Justine Triet

Il est de noto­rié­té publique que l’art de la comé­die est des plus dif­fi­ciles. Les films alliant drô­le­rie, esprit, intel­li­gence, per­ti­nence et ori­gi­na­li­té sont rares. Et lorsqu’ils dérogent des sen­tiers aus­si bali­sés que ceux de la comé­die roman­tique, ils sont d’autant plus pré­cieux. Pour notre plus grand bon­heur, les cinéastes fran­çaises sont par­ti­cu­liè­re­ment douées dans le domaine en ce moment : après L’Effet aqua­tique de Sólveig Anspach et La Prunelle de mes yeux d’Axelle Ropert, tous deux vus au der­nier Festival du Nouveau Cinéma, voi­ci Victoria, deuxième long-métrage de Justine Triet. Un vrai petit bijou. Pour ceux qui fré­quentent assi­du­ment la sec­tion ciné­ma des Inrocks, qui en chantent les louanges depuis des mois, ce ne sera pas une sur­prise. Et contrai­re­ment au pre­mier film de la réa­li­sa­trice, l’encensé La Bataille de Solférino (2013), il prend l’affiche chez nous dès aujourd’hui. Raison de plus de célé­brer.

Comme (presque) toutes les bonnes comé­dies, Victoria prend ses bases dans une situa­tion plu­tôt explo­sive, voire dra­ma­tique. Ici, c’est dans le bor­del de l’existence de la Victoria du titre : brillante avo­cate en droit conju­gal, mère (presque) céli­ba­taire de deux fillettes, taclée sur inter­net par un ex qui se découvre un talent d’écrivain auto­fic­tion­nel, ex-compulsive sexuelle en rémis­sion… Son ami Vincent, accu­sé de ten­ta­tive de meurtre par une fian­cée agi­tée du bocal, la somme de le défendre. Surbookée et au bord de la crise de nerfs, Victoria croise son ancien client Samuel, dea­ler à la petite semaine, et l’engage comme « jeune homme au pair ». Mais la spi­rale de ses déboires ne fait que com­men­cer.

Évidemment, vous l’aurez devi­né, Victoria n’est pas une pure comé­die qui vous fera hur­ler de rire en vous frap­pant les cuisses. On est plu­tôt dans le domaine de la chro­nique douce-amère ici. Et tant mieux. Ce qui frappe en pre­mier, c’est l’extrême intel­li­gence des dia­logues cise­lés par Justine Triet. Des dia­logues pleins d’esprit et de mor­dant, qui bous­culent tous les cli­chés. Interminable suc­ces­sion de situa­tions bur­lesques pas très glam, le quo­ti­dien de Victoria est à la fois ordi­naire et extra­or­di­naire, étouf­fant et hau­te­ment diver­tis­sant. Les scènes de pro­cès, où s’alternent avo­cats hys­té­riques et témoins canins, valent à elles seules le détour. Les scènes d’amour, simples, douces et mal­adroites, éga­le­ment. Mais le meilleur, évi­dem­ment, ce sont les per­son­nages. Le Samuel de Vincent Lacoste est tou­chant et désta­bi­li­sant : un vrai rôle mas­cu­lin ori­gi­nal. Quant à Victoria… femme, mère, pro­fes­sion­nelle, par­ty girl et névro­sée, ce per­son­nage est for­mi­dable! Déjà label­li­sée « nou­velle reine du ciné­ma fran­çais » mais peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique, Virginie Efira est un vrai coup de foudre. Pétulance, sens du rythme, vul­né­ra­bi­li­té, dégaine qui tue, cette fille a vrai­ment tout pour elle. Et elle n’est qu’une des mul­tiples qua­li­tés du film de Justine Triet.

Victoria est pré­sen­te­ment à l’affiche au Cinéma Beaubien.

Zoé Protat
25 novembre 2016

Commentaires

com­men­taires