Solange et les vivants :
bur­lesque soli­tude

Solange et les vivants

d’Ina Mihalache

Sortie de ce ven­dre­di : le pre­mier film d’Ina Mihalache, fameuse créa­trice de la chaîne YouTube aux 200 000 abon­nés Solange te parle. Depuis 2011, elle enchante le web en s’exprimant sur tous les sujets, de l’obésité au camem­bert en pas­sant par le fait de dire « Je t’aime », à tra­vers le per­son­nage fic­tif de Solange, une jeune femme aso­ciale et étrange. Ses cap­sules consti­tuent un manuel de vie absurde et frag­men­té qui tient par­fois de l’art contem­po­rain — Ina Mihalache est éga­le­ment artiste plas­ti­cienne. Voici donc « Solange le film », ou Solange et les vivants, des pan­toufles confor­tables pour un pre­mier long‐métrage. Les fans seront à coup sûr ravis. En ce qui me concerne, j’avoue ma rela­tive incul­ture : je n’avais vu que ce fameux vidéo sur l’accent qué­bé­cois, au demeu­rant fort réus­si. Je vais donc prendre cet objet pour ce qu’il est fina­le­ment : un film! Un film qui prend l’affiche dès demain et qui a déjà un public enthou­siaste, comme on a pu le consta­ter lors des pro­jec­tions au der­nier Festival du Nouveau Cinéma.

« Fille seule cherche à le res­ter » — voi­ci le sous‐titre de Solange et les vivants. Agoraphobe, Solange vit effec­ti­ve­ment dans une soli­tude extrême. Mais lorsqu’elle se met à étran­ge­ment s’évanouir par­tout, les gens s’entendent pour ne plus la lais­ser iso­lée. Défilera alors une constel­la­tion de per­son­nages qui aide­ront la jeune femme cha­cun à leur manière (ou pas). Le film est ain­si décou­pé en say­nètes (le livreur, le pro­prié­taire, l’ex petit ami, etc.) par­fois sur­réa­listes, par­fois hila­rantes, par­fois apai­santes. La mise en scène est mini­male ; les plans, fixes et tron­qués, ce qui pro­voque bien des effets comiques. Ina Mihalache s’est ins­pi­rée du ciné­ma scan­di­nave, par­ti­cu­liè­re­ment du Suédois Roy Andersson (Chansons du deuxième étage ou le bien nom­mé Nous, les vivants) et de ses œuvres qua­si immo­biles. Bon point pour la réfé­rence classe, même si le tout reste par­fois un peu gad­get. Le film est meilleur dans les ren­contres impro­bables que dans les scènes de délire. Les accents (belge, rou­main, qué­bé­cois) sont encore une fois à l’honneur : ne ratez pas l’apparition hau­te­ment far­fe­lue des Trois Accords! Solange et les vivants est un tout petit petit film (1h07 au comp­teur), bizarre et par­fois char­mant. Pourquoi pas?

Mal de pierres

de Nicole Garcia

Ce soir s’ouvre éga­le­ment le fes­ti­val Cinemania. Depuis sa nais­sance en 1995, cette mani­fes­ta­tion 100% dédiée au ciné­ma fran­co­phone sous‐titré en anglais n’a ces­sé de prendre de l’importance, et pour cause : le ciné­ma fran­çais est de plus en plus pau­vre­ment dis­tri­bué chez nous. Pour moi qui ait gran­di et voyant tous les films de l’Hexagone, de la grosse pro­duc­tion bar­dée d’étoiles à la plus petite créa­tion indé­pen­dante, la tris­tesse est infi­nie. Cinemania est ain­si deve­nu l’un des moyens les plus actifs de se repaître de ciné­ma fran­çais (et belge, afri­cain…) actuel, sans avoir mini­mum un an de retard sur les calen­driers euro­péens.

Le fes­ti­val débu­te­ra donc dès ce soir avec la pro­jec­tion du très beau Mal de pierres de Nicole Garcia, pré­sen­té en sélec­tion offi­cielle au der­nier fes­ti­val de Cannes. Ce mélo­drame fol­le­ment roman­tique est por­té par une Marion Cotillard au dia­pa­son de son per­son­nage Gabrielle, héroïne en dés­équi­libre, trop malade d’amour et anti­con­for­miste pour son époque — les années 1950. La reine Marion est déchi­rée entre le fié­vreux Louis Garrel, cer­né à sou­hait en vété­ran de la guerre d’Indochine, et l’Espagnol Àlex Brendemühl, magni­fique dans un rôle silen­cieux et émou­vant. C’est un film à l’ancienne, mais avec une âpre­té mor­dante, un art consom­mé du fla­sh­back, et un récit aux retour­ne­ments sur­pre­nants. Pour tous les cœurs exal­tés ici‐bas, Mal de pierres prend l’affiche régu­lière dès demain.

Suivez‐moi dans les pro­chains jours pour d’autres revues de films pré­sen­tés à Cinemania!

Zoé Protat
3 novembre 2016

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