FNC 2016 post-mortem :
25 films plus tard

Le Festival du Nouveau Cinéma est main­te­nant ter­mi­né depuis trois jours. Trois longs jours sans voir de films : le sevrage est certes bru­tal, mais aus­si salu­taire ! J’ai main­te­nant quelques ins­tants pour me pen­cher sur toutes les émo­tions vécues au cours de cette 45e édi­tion.

Au total, j’ai vu 25 films. Certains rares fana­tiques ont peut-être eu un pro­gramme encore plus gar­ni, mais pour la moyenne des ours, c’est énorme. Ma sélec­tion fut répar­tie sur pas mal toutes les sec­tions, sauf peut-être pour Focus (je compte me rat­tra­per en salles pour les films d’ici). Première consta­ta­tion : cet éven­tail ciné­ma­to­gra­phique fut géné­ra­le­ment très constant. Des œuvres solides, de très belles sur­prises, bien du dépay­se­ment et, fait à noter, beau­coup de rires. J’ai aus­si cette année eu la chance de voir plu­sieurs films qui se sont fina­le­ment retrou­vés au pal­ma­rès du fes­ti­val. Petit tour d’horizon post-mortem.

Débutons par l’incontournable : Toni Erdmann, Louve d’or 2016. Ce phé­no­mène a valu bien des sueurs froides aux ciné­philes mas­sés dans l’espace res­treint du Cinéma du Parc. Dans mon cas, il était moins une, mais j’ai fina­le­ment réus­si à voir le fameux film de Maren Ade. Cette comé­die absurde de près de trois heures est une œuvre étrange, aus­si char­mante que désta­bi­li­sante, dont la sor­tie est confir­mée ici pour le mois de jan­vier. Puisque nous aurons l’occasion d’en repar­ler à ce moment, disons sim­ple­ment que le film, pro­fon­dé­ment ori­gi­nal, mérite tous les hon­neurs reçus de par le monde. Son acteur prin­ci­pal, Peter Simonischek, fan­tas­tique dans le rôle d’un père plein d’amour et de fausses dents, fut éga­le­ment récom­pen­sé par le Prix d’interprétation du fes­ti­val : une évi­dence.

Autre coup de cœur, et prix de l’innovation Daniel-Langlois : The Student de Kirill Serebrennikov. Un film que je suis très, très contente de voir au pal­ma­rès. Au-delà de son sujet explo­sif (la radi­ca­li­sa­tion reli­gieuse d’un étu­diant ordi­naire), c’est sûre­ment la pro­po­si­tion for­melle aty­pique de ce film qui lui a valu tous les hon­neurs. Des plans-séquences ver­ti­gi­neux et des dia­logues tirés tels quels de la Bible com­posent ce film intense, angois­sant, mais non dénué d’humour à la russe. Mention par­ti­cu­lière aux excel­lents acteurs éga­le­ment.

Autre lau­réat, autre pro­po­si­tion désta­bi­li­sante : The Sun, the Sun Blinded Me, film polo­nais du couple Wilhelm et Anka Sasnal, une libre adap­ta­tion de L’Étranger de Camus dans le contexte actuel de la crise des migrants en Europe. Très peu de dia­logues, beau­coup d’atmosphères, et un récit tou­jours aus­si gla­çant plus de 70 ans après la publi­ca­tion du roman. Le film a reçu le Prix de l’AQCC (Association Québécoise des Critiques de Cinéma).

Dans le rayon des belles sur­prises : trois pre­miers films, un wes­tern rou­main, une comé­die fran­çaise déjan­tée et un por­trait de famille tra­gi­co­mique. Dogs de Bogdan Mirică allie une belle inten­si­té et mise en scène au cor­deau. Si vous ne connais­sez pas la troupe de théâtre Les Chiens de Navarre, leur pre­mier film Apnée, suc­ces­sion de sketches sur­réa­listes et hila­rants, est une belle intro­duc­tion à leur uni­vers. Vu le tout pre­mier jour du fes­ti­val, The Last Family du polo­nais Jan P. Matuszynski nous narre le récit d’un clan d’artistes sur plus de trente ans avec ton pro­pre­ment sin­gu­lier.

Parmi les grosses pro­duc­tions que nous aurons sûre­ment la chance de voir un jour en salles régu­lières, notons éga­le­ment le superbe por­trait de femme qu’est Aquarius du bré­si­lien Kleber Mendonça Filho. La Clara de Sonia Braga, vraie de vraie résis­tante face à l’inhumanité des cor­po­ra­tions et du temps qui passe, ne se fera pas oublier de sitôt. Sinon, les favo­ris du fes­ti­val Pablo Larraín (Neruda) et Ulrich Seidl (Safari) n’ont pas déçu. Et en termes de choc local, rien ne pour­ra éga­ler Ceux qui font les révo­lu­tions à moi­tié n’ont fait que se creu­ser un tom­beau de Mathieu Denis et Simon Lavoie, qui pren­dra l’affiche au cœur de l’hiver en février pro­chain.

Je suis bien enten­du ravie d’avoir débu­té l’aventure de Kino Pravda avec le 45e FNC. À bien­tôt pour encore plus de ciné­ma !

Zoé Protat
20 octobre 2016

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