FNC jour 8 :
Bucarest, inté­rieur jour

Sieranevada

de Cristi Puiu

Film numé­ro 18 hier soir au FNC. Un film de trois heures à la séance de 20h après une longue jour­née de tra­vail, faut-il que j’aime d’amour le ciné­ma rou­main! Mais mal­heu­reu­se­ment, et contrai­re­ment à l’enthousiasmant Dogs d’il y a quelques jours, celui-ci allait mettre mon amour à rude épreuve. En sélec­tion offi­cielle au der­nier Festival de Cannes, Sieranevada de Cristi Puiu joue avec les nerfs du spec­ta­teur — et sur­tout avec sa patience! Ses débuts étaient pour­tant très pro­met­teurs : confi­né dans des embou­teillages, un couple s’obstine sur leurs pro­chaines vacances, le cos­tume de prin­cesse de leur fille pour le spec­tacle de l’école, l’horaire des courses. Le ton est mor­dant, plein d’esprit, tout ce que j’aime du ciné­ma rou­main contem­po­rain. Mais très rapi­de­ment, le rythme va se dila­ter. Le couple en ques­tion (Lary et Laura, la qua­ran­taine bour­geoise) se rend au tra­di­tion­nel dîner funé­raire ortho­doxe du père de Lary, récem­ment décé­dé, qui sera don­né dans l’appartement fami­lial. Un appar­te­ment où nous serons cap­tifs durant trois heures donc, en atten­dant un prêtre qui n’arrive pas. Cristi Puiu, révé­lé sur la scène inter­na­tio­nale en 2005 avec La Mort de Mr. Lazarescu, drame caus­tique sur les der­nières péri­pé­ties d’un mou­rant, nous pro­pose un dis­po­si­tif for­mel mini­mal. De plus, il n’hésite pas à fil­mer ses per­son­nages de loin, ou de dos, voire car­ré­ment cachés par un pan de mur, par­fois sans que leurs dia­logues soient par­fai­te­ment audibles. Des plans séquence et des cadrages tron­qués pour le moins sur­pre­nants, qui nous donnent l’impression d’être un petit ani­mal tapi dans un coin, for­cé d’écouter les conver­sa­tions intimes de tout le monde.

Drame domes­tique claus­tro­pho­bique, Sieranevada (le titre a été choi­si au hasard) prend place dans un contexte d’histoire du temps pré­sent très pré­cis : quelques jours à peine après les atten­tats de Charlie Hebdo, ce qui réveille dans les conver­sa­tions les sou­ve­nirs du 11 sep­tembre 2001. Le film nous pro­mène donc dans cet appar­te­ment sur­peu­plé où chaque mou­ve­ment demande de bou­ger un objet ou de dépla­cer une per­sonne. Il y a là un bébé qui dort, un cou­sin adepte de la théo­rie du com­plot, une grand-mère qui chante encore l’idéal com­mu­niste d’autrefois, une jeune femme qui ramène son amie saoule morte au grand dam de tous. Une porte se ferme, on quitte une pièce, on entre dans une autre, on assiste aux débuts des dis­cus­sions mais pas à leurs conclu­sions ou alors le contraire… bref vous voyez le tableau. C’est par­fois intense, par­fois ennuyeux, par­fois vitrio­lique, assez répé­ti­tif. C’est un gros mor­ceau, certes pas dénué d’intérêt, mais tout de même une épreuve intense pour la fes­ti­va­lière épui­sée. On conti­nue!

Zoé Protat
14 octobre 2016

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