FNC jour 7 :
ovnis

Apnée

de Jean-Christophe Meurisse
L’extravagance et l’excentricité peuvent revê­tir plu­sieurs visages : c’est ce que nous a bien prou­vé le pro­gramme de ce mer­cre­di au FNC. Deux films très étranges donc, à com­men­cer par la comé­die à sketches signée les Chiens de Navarre. Les membres de cette troupe de théâtre sont des habi­tués des planches mont­réa­laises ; ils étaient encore à l’Usine C il y a quelques semaines avec Les Armoires nor­mandes. Apnée est le titre de leur pre­mier film, œuvre sur­réa­liste que Julien Fonfrède, pro­gram­ma­teur de la sec­tion Temps O du FNC, nous a pré­sen­tée comme étant héri­tière de Jodorowsky : il a tout à fait rai­son. Les Chiens de Navarre, qui tra­vaillent selon le prin­cipe de la créa­tion col­lec­tive, se fichent de toutes les conven­tions ciné­ma­to­gra­phiques ou nar­ra­tives. Leur poé­sie du quo­ti­dien est mini­ma­liste, triste ou absurde, mâti­née d’humour tri­vial voire même vul­gaire, bref com­plè­te­ment folle. Dans Apnée, vous ver­rez une autruche dans un super­mar­ché, un mariage à trois, une séance de pati­nage artis­tique dans le plus simple appa­reil, Jésus en guest star et les mêmes cos­tumes bul­gares que dans Toni Erdmann (connaissez-vous les Kukeri?). Mené par les irré­sis­tibles acteurs Maxence Tual, Céline Fuhrer et Thomas Scimeca, le film pro­voque un véri­table effet cathar­tique et sub­ver­sif. Il com­mence en lion et s’essouffle un peu par la suite? Pas grave, les 45 pre­mières minutes valent à elles seules le détour. Une grande bouf­fée de liber­té.

Zoology

de Ivan Tverdovskiï

Des étran­ge­tés, il y en a aus­si plu­sieurs dans Zoology d’Ivan Tverdovsky — et cette fois-ci, elles sont plus inquié­tantes que jubi­la­toires. Le réa­li­sa­teur russe avait frap­pé fort avec son pre­mier opus, l’excellent Corrections Class vu au FNC en 2014, film cruel sur une classe d’adolescents mésa­dap­tés et leurs rela­tions tis­sées d’agressions. Corrections Class nageait dans les eaux du ciné­ma hyper­réa­liste et cru. Zoology, quant à lui, décolle rapi­de­ment de la pein­ture natu­ra­liste lorsqu’un plan stu­pé­fiant nous révèle que son per­son­nage prin­ci­pal pos­sède les attri­buts d’une bête ou d’une créa­ture fan­tas­tique. Natasha, terne employée de zoo dans la cin­quan­taine, qui vit seule avec sa mère pieuse et subit jour après jour les moque­ries de ses col­lègues, a une queue, une vraie, qui se balan­ce­rait osten­ta­toi­re­ment dans son dos si elle ne la cachait pas sous ses jupes informes. On ne sau­ra pas si cet organe lui est pous­sé tout d’un coup ou si elle le porte depuis tou­jours. Ce que l’on sait par contre, c’est qu’elle a mal au dos, et que son radio­lo­giste ne semble pas rebu­té par ladite queue, bien au contraire… Natasha va peu à peu sor­tir de sa coquille, mais trouvera-t-elle la paix? Zoology nous laisse avec bien de ques­tions sans réponse. Un peu à la manière du fameux roman de Marie Darrieussecq Truismes, ou l’héroïne se trans­mu­tait pro­gres­si­ve­ment en truie, le film nous parle iden­ti­té, socia­bi­li­té et sexua­li­té dans un contexte aus­tère et pétri de croyances datées. Du Diable à la voyance en pas­sant par les délires mys­tiques, la Russie est une terre fer­tile pour le fan­tas­tique « ordi­naire ». Et dans Zoology, ce fan­tas­tique se couple à une triste objec­ti­vi­sa­tion du corps qui laisse un goût amer.

Les deux repré­sen­ta­tions d’Apnée au FNC ont mal­heu­reu­se­ment déjà eu lieu, mais gar­dez les yeux ouverts, ça vaut la peine!

Une deuxième séance de Zoology aura lieu ce ven­dre­di 14 octobre à 15h15 au Cinéma du Parc.

Zoé Protat
13 octobre 2016

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