FNC jour 5 :
Dieu et le bouf­fon

Toni Erdmann

de Maren Ade

Presque chaque année, le Festival de Cannes élit un favo­ri, un out­si­der, le film que per­sonne n’attendait et qui pour­tant fait cou­rir les foules et fondre les cœurs. Et même si le film en ques­tion ne se retrouve pas au pal­ma­rès, c’est celui‐là que l’on retient. Cette année, ce film était Toni Erdmann de la réa­li­sa­trice alle­mande Maren Ade. Une réflexion acide sur l’Europe de la mon­dia­li­sa­tion, une comé­die jubi­la­toire, une évo­ca­tion émou­vante de l’amour père‐fille, tout ça à la fois. Visiblement, la rumeur de Cannes a enflé jusqu’ici, puisque le film était pro­je­té dans un Cinéma du Parc plus que bon­dé, lais­sant bien des ciné­philes sur le car­reau. J’ai bien cru moi‐même ne pas pou­voir ren­trer. Mais au final, Ich bin glü­ck­lich, et j’ai donc enfin pu goû­ter au phé­no­mène Toni Erdmann. Un film très bizarre, far­fe­lu, long aus­si (près de trois heures) où l’on suit Ines, consul­tante pour une pétro­lière à Bucarest, et son père Winfried, pia­niste à la petite semaine. Si la pre­mière est une busi­ness killeuse sans cœur, le second est un far­ceur devant l’éternel. Il trouve que sa fille n’a pas l’air heu­reuse? Il débarque dans son condo desi­gn et son agen­da sur­boo­ké avec tout le bazar des farces et attrapes, cous­sin péteur, menottes dont on a per­du la clef, per­ruques et fausses dents. Sous le nom de Toni Erdmann, Winfried est venu foutre le bor­del dans la vie de sa fille. Le film est une suite de scènes toutes plus absurdes les unes que les autres, en atten­dant que l’un des per­son­nages pète les plombs. La naked par­ty, le porte‐bonheur bul­gare, Whitney Houston, autant d’inside jokes que ceux qui ont eu la chance de voir ce film unique appré­cie­ront. Et puis, un film qui se ter­mine sur l’une des plus belles chan­sons du monde (Plainsong de The Cure) est tou­jours facile à aimer…

The Student

de Kirill Serebrennikov

La suite du pro­gramme fait office de douche froide. The Student de Kirill Serebrennikov dépeint la méta­mor­phose de Veniamin, un ado­les­cent ordi­naire qui se trans­forme radi­ca­le­ment à la lec­ture de la Bible. Dans sa crise mys­tique, il se confron­te­ra à sa mère, à ses cama­rades, mais sur­tout à ses pro­fes­seurs dont il ques­tionne vio­lem­ment l’enseignement et la dis­ci­pline. Veniamin déclare la guerre à toute « dépra­va­tion », l’Église moderne n’est pas assez radi­cale pour lui, il rêve de mar­tyrs, de sui­cides et de bombes… seule sa cou­ra­geuse prof de bio­lo­gie (inter­pré­tée par la for­mi­dable Viktoriya Isakova) ose­ra l’affronter. Adapté d’une pièce de théâtre et presque entiè­re­ment consti­tué de ver­ti­gi­neux plans‐séquences, The Student s’attaque à un sujet osé, et à la russe s’il-vous-plaît, c’est-à-dire sans oublier une louche d’humour mor­dant. L’immense majo­ri­té des répliques de Veniamin sont d’authentiques ver­sets de la Bible, bien iden­ti­fiés à l’écran pour notre gou­verne. Un film auda­cieux et très, très intense, une nou­velle preuve de la vita­li­té et de la pro­fonde ori­gi­na­li­té du ciné­ma russe actuel.

Les deux pro­jec­tions de The Student ont déjà eu lieu. Quant à Toni Erdmann, il sera de nou­veau pré­sen­té demain mer­cre­di 12 octobre à 20h au Quartier Latin – séance est mal­heu­reu­se­ment com­plète, mais le film pren­dra l’affiche en jan­vier.

Zoé Protat
11 octobre 2016

Commentaires

com­men­taires